Hop France – Au pays de l’or vert

On s’est penchés dans un précédent article sur l’origine du houblon en Alsace grâce au brasseur Derendinger. Il est temps de revenir au présent (et au futur) !

J’ai eu la chance de visiter Hop France, une des filières du Comptoir agricole. C’est à Brumath en Alsace que l’ancienne Cophoudal est installée. Cophoudal pour Coopérative des Planteurs de Houblon d’Alsace.

On est ici dans un lieu historique de la bière locale (et française). Au 19ème siècle, la production de houblon en Alsace qui se portait plutôt bien se voit grandement dégradée avec les guerres de 1870 puis de 14-18, l’annexion ayant notamment eu un impact fort sur les surfaces. La suite n’a pas permis à la filière de reprendre son meilleur niveau, mais les houblonniers se mettent à travailler ensemble et créent finalement une coopérative, chargée de défendre leurs intérêts et d’organiser une filière commune. C’est ainsi que naît la Cophoudal. Jusque-là, les houblonniers travaillent avec des négociants et les hauts et les bas des productions sont alors difficiles à gérer pour les agriculteurs.

La partie ancienne du bâtiment. La tour est un ancien séchoir.

En 1963, plus de 300 agriculteurs font partie de la coopérative. Tous sont coopérateurs. La mécanisation, les séchoirs modernes, les tracteurs et autres cueilleuses modifient profondément le métier de houblonnier et bien souvent alors, les agriculteurs se mettent ensemble pour les achats et la gestion des machines. C’est une logique de fonctionnement qui est totalement raccord avec la philosophie de la coopérative.

En gros, le Comptoir rachète le houblon local, gère les stocks et la revente. L’agriculteur n’a pas besoin de gérer cet aspect commercial et de stockage, qui n’est pas son métier et qui peut vite devenir un poids. Le houblon livré est soumis à un cahier des charges précis, et ce sont aujourd’hui 42 agriculteurs qui produisent sur 451 hectares de houblonnières (hors terres de repos). Sur ces 451 hectares (2018), 18 sont consacrés au houblon bio (je vous en reparle plus loin). Une politique de conversion avec des objectifs précis de développement à échéance 2020 est en cours.

Evolution des surfaces – Source Hop France

Le Fort Knox du houblon. D’immenses halls (il y fait froid pour la conservation)

A Brumath, un grand bâtiment fait aujourd’hui office de stock du houblon alsacien. Dans 4 grands halls où il fait 4° maxi, le houblon est déposé après séchage et stocké en attendant d’être livré aux brasseurs du monde entier. Ici, c’est un peu le Fort Knox du houblon alsacien, la Casa de Lupulin.

Une grande tour centrale faisait un temps office de séchoir, mais l’équipement n’est plus utilisé. La grande majorité des houblonniers possèdent aujourd’hui leur propre séchoir. La partie ancienne du bâtiment date de 63, puis une extension est construite entre 1978 et 1982. Une maison est également accolée au site, elle sera pendant un temps le siège de la coopérative. Auparavant, ce siège était à Strasbourg, dans la rue… du Houblon évidement en lieu et place d’une ancienne… malterie (!) puis à Hochfelden, dans les locaux du Comptoir agricole.

La crise

Jusqu’en 2008, la Cophoudal produisait principalement du Strisselspalt pour un gros client (quasi-unique, à raison de près de 95% de la production). Manque de pot, ce gros gros client (qui produit une américaine fade) décide du jour au lendemain de ne pas honorer son contrat. La structure se retrouve avec un surplus de houblon énorme. Les prix chutent, les années noires du houblon alsacien commencent alors (et sur le marché d’une manière générale suite à une surproduction d’acides alpha). Sur environ 850 hectares au moment de la crise, 5 ans plus tard il ne reste plus que près de 380 hectares. C’est alors qu’intervient le Comptoir agricole qui va intégrer le houblon dans ses activités. Avec une vraie volonté de maintenir cette production riche et historique sur le territoire de la région, le Comptoir a permis au houblon d’Alsace de se maintenir et de reprendre une activité saine. Du houblon d’Alsace mais également français. A cette époque, à part la Coophounord, il n’existe sur le territoire français pas d’autres houblonnières (ou très peu).

Un seconde crise intervient en 2015 à cause des conditions météo surtout, et la production perd 25%. En 2018, la production de houblon Alsacien atteint les 800 tonnes collectées (730 en 2017). Si la surface à augmenté de 2017 à 2018, en 2018 la production d’alpha baisse en raison des conditions météo.

Aujourd’hui la production alsacienne représente environ 95% de la production française. 70% de cette production part vers d’autres contrées.

Ce paquet, on sait où il va.

Le houblon bio

18 hectares en 2018 étaient consacrés à l’agriculture bio. Des objectifs de développement à l’horizon 2020 ont été établis. Parmi les parcelles bio, on retrouve les parcelles gérées par le Lycée Agricole d’Obernai qui fournit notamment quelques brasseries d’Alsace. Cette production entre dans le cadre d’une politique imposant aux lycées agricoles une production bio. Pour l’Alsace, le choix de ce lycée s’est porté sur le houblon. Une production qui remonte d’ailleurs à 1984 et en bio depuis 2009.

Le jour du houblonnier

C’est un jour un peu particulier. Après la récolte, le houblonnier va procéder au séchage de son houblon, souvent chez lui. Le houblon séché (selon un cahier des charges défini) va être ensuite mis en balles de houblon. Ces balles sont apportées au comptoir. C’est là que le transfert de propriété, une vente, va être réalisée. Un échantillon est récupéré et le houblon sera contrôlé. Humidité, déchets (trop de feuilles par exemple), présence de métal… ces éléments vont être pris en compte et selon le cas, la balle sera certifiée ou non. Les jours de livraison, sont traitées une soixantaine de balles par heure. Toutes les balles sont étiquetées et peuvent être tracées jusqu’à la parcelle où le houblon a été cultivé.

Des balles de houblon. Dans certaines, il y a un trou. C’est là qu’a été pris un échantillon pour contrôle.
C’est passionnant et ça se voit non ? Photo © Comptoir agricole
Cette machine permet de calculer une première fois le taux d’humidité.

C’est un temps particulier pour le houblonnier car c’est le séchage qui va définir la qualité finale et son usabilité. Il aura pu faire la meilleure culture, si son séchage rate, c’est sa récolte entière qui est ratée. Un temps de tension, vous vous en doutez.

Une fois le houblon passé au contrôle, il part en stockage. Il est temps pour lui d’avoir une seconde vie (coucou les brasseurs !).

Rendez-vous est déjà pris pour vous faire découvrir la récolte ! 

Inventer le houblon de demain

Une des missions importantes du comptoir, c’est également de préparer la filière de demain. Si aujourd’hui l’Alsace produit une douzaine de variétés, certaines sont issues de son propre labo. Ici, on réfléchit aux nouvelles variétés. On teste, on sent, on abandonne, on sélectionne, on re-teste, … En moyenne, on compte une dizaine d’années pour qu’une nouvelle variété puisse arriver sur le marché et démarrer sa commercialisation. C’est à Obernai que l’on trouve les plantations en test.  Entre les premières années où les cônes ne sont pas encore bons, les années de récolte difficile, les variétés qui ne tiennent pas la distance… le travail est long mais il paye ! Si Triskel, Barbe rouge ou Mistral alsacien se font une place, le prochain houblon à débarquer sera Elixir (d’un taux alpha de 5 à 7 %). Et ce n’est bien évidement pas fini. Les recherches continuent et d’autres variétés sont en expérimentation pour répondre aux besoins des brasseurs. Il est important également de noter que les changements climatiques influent sur la production et sur les recherches.

Dix années c’est beaucoup dans un monde qui bouge et où les tendances de bières évoluent (souvent très vite). Le rôle de ces « inventeurs de houblon » est aussi de pouvoir sentir quelles seront les grandes tendances futures.

Dans le labo, avec Philippe Martin, j’ai eu droit à une séance de sniffing. Une dégustation de houblon mais uniquement au nez.
Dans le houblon, c’est la lupuline qui nous intéresse.
Le sniffing : On prend une main pleine, on frotte et on sent.

Un lieu vraiment très intéressant à découvrir. Rendez-vous est déjà pris pour le temps de la récolte !

Pour découvrir les houblons et Hop France, rendez-vous sur leur site www.comptoir-houblon.fr , sur la page facebook ou sur twitter. Sur le site, vous trouverez notamment des fiches de caractéristiques complètes des houblons, une boutique en ligne et plein de services pratiques.

Merci à Philippe Martin, Violaine Nave et Magali Berger pour leur accueil, leurs précieuses infos, leur humour et leurs compétences !

Merci Manu pour la blague sur le Fort Knox.

La production de houblon au Lycée agricole d’Obernai

La carte des producteurs de houblon en Alsace

 

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