La chronique de Robin des Bières – Retour vers le futur, les premières micro-brasseries d’Alsace !

Nouvelle chronique de Jean-Claude Colin, qui nous emmène dans le passé, à l’aube du retour des premières micro-brasseries en Alsace.


Venu d’Amérique du Nord, le concept de micro-brasserie ou de brew-pub, connaît dès sa naissance une résonance planétaire et gagne l’hexagone où l’on en compte plus de 2000 aujourd’hui. Le fait est à signaler car qui aurait pu penser il y a une quinzaine d’année que des micro-brasseurs en arriveraient à ce couronnement économique que constitue dans l’hexagone la renaissance d’un métier, Brasseur, et la consécration de la France comme pays de bière, ce qu’elle a toujours été ! Attractives, les brasseries artisanales font la joie des consommateurs qui y trouvent ce qu’ils cherchent dans le plaisir d’une bière, une typicité mêlant goût et diversité des terroirs. Avenir de la bière tout comme la femme, la micro-brasserie fonctionne en autarcie et redonne ses lettres de noblesse au métier de brasseur vécu comme un art. Révolution culturelle concomitante de la révolution de palais
qui agitait le monde de la bière depuis les années 1980, leur arrivée change la face de la planète bière en confirmant que la bière peut et doit avoir du goût, avec pour conséquence la reconnaissance d’une « Culture Bière » intemporelle et universelle sublimée par l’entrée des femmes en brasserie et diffusée par les bièrologues et autres zythologues !

Né dans les années 1980 du côté de Boulder dans le Colorado, le phénomène des micro-brasseries a essaimé un peu partout dans le monde et notamment en France où il arrive dans les années 1990. A cette époque, la planète bière bouillonne, nourrie de l’émergence des bars à bières et autres pubs, reflets de la découverte des bières de spécialités, Trappistes en tête. Pionniers parmi d’autres, ces établissements ont pour noms Les 12 Apôtres, le Trou et le Nelson Pub à Strasbourg, le Gambrinus à Mulhouse, l’Estaminet à Verdun ou Le Lafayette à Paris, tous véritables innovateurs ! Une petite dizaine d’années plus tard, les premières micro-brasseries ou brasseries artisanales, pointent le bout de leurs cuves. C’est qu’ici, si l’innovation fait comme partout son œuvre, il s’agit aussi d’un retour vers le futur des siècles précédents où les brasseries pullulaient dans les vallées vosgiennes de Mulhouse, la ville aux cent cheminées, à Colmar et Strasbourg, concomitantes de l’industrialisation et la militarisation des frontières (près de 400 brasseries dans le Haut-Rhin, 500 dans le Bas-Rhin aux XVIII-XIXème siècles). Auberges brasseries brassant en autarcie et servant la bière au tonneau au comptoir de leur stube, ces micro-brasseries de jadis étaient florissantes et bien loin de se douter de l’arrivée de leur arrêt de mort, le progrès ! A Strasbourg, en 1997 et 1999, les dernières éditions du
salon Eurobière se font l’écho des balbutiements des premiers micro-brasseurs ou artisans du genre tels les bretons de Coreff et Lancelot ou les locaux s’aHoll, Uberach, Saint-Pierre et une poignée d’autres !

Terre de bière ancestrale où s’est forgé l’art moderne du brassage, l’Alsace règne sans partage sur la production nationale dont elle brasse plus des deux tiers qu’elle cumule avec le leadership houblonnier ! En toute logique, des micro-brasseries naissent dès les années 1990 en Alsace, la première du côté de Riquewihr où un distillateur du nom de Gilbert Holl ouvre sa micro-brasserie éponyme. Passée depuis entre les mains d’un digne successeur, Jérôme Schwartz, sous le nom de Brasserie du Vignoble, la brasserie Holl a marqué de son empreinte artisanale l’histoire brassicole en créant la bière au Crémant et le premier whisky alsacien ! Issus de milieux comme de cursus différents, tous ces artisans ou presque sont des autodidactes passionnés nourris à l’empirisme et par internet, garanties de leur ouverture d’esprit. Parmi les pionnières, Uberach dans le Val de Moder, locomotive
exemplaire du train des micros alsaciennes, occupe une friche industrielle ; un aboutissement pour son mentor Eric Trossat, jeune ingénieur ENSAIS tenté par l’aventure lors de son passage à Eurobière comme directeur technique, et la Saint-Pierre, auberge brassicole où officient Claude et Marylin Varga et leur équipe de
rêve. On doit notamment à Uberach, une bière anecdotique baptisée « Le Doigt de Dieu ». Dédiée à la Cathédrale de Strasbourg dotée de sa tour unique, elle rappelle aux clients assidus des 12 Apôtres situés non loin qu’au sortir de cette officine en forme de couloir, une tenue correcte est exigée sous réserve, dans le cas contraire, de voir le doigt de dieu menacer vertement le contrevenant des flammes de l’enfer, le diable n’étant pas loin qui chevauche le vent !

Un peu plus tard, association de compétences et d’amitié, la brasserie de L’Abreuvoir à Breitenbach dans le Val de Villé, est quant à elle passée d’une cave à la caserne des pompiers du village qui symbolise l’archétype de la brasserie de copains, créatifs en diable
comme le prouvent leurs types de bière sans cesse renouvelés. Brasseurs manuels, fourquet en mains, ces génies du brassage offrent des cuvées collectors d’exception telles la Black Angel ou la White Devil dont, selon la légende, certaines auraient été brassées par des tennismen alsaciens connus, venus tâter du fourquet pour se muscler les bras ! A Strasbourg, les premiers brew-pubs furent le concept nordiste des 3 Brasseurs, présenté à Eurobière, devenu Au Brasseur, la Lanterne et le Scala, sis au centre-ville pour les premiers et dans le quartier du Neudorf pour le dernier.

Installée à Hatten, aujourd’hui fermée, la brasserie Petrazoller vit une femme entrer en brasserie comme en religion en ce joli village de l’Outre-Forêt. Brassées par une jeune femme dynamique du nom de Kerstin Petrazoller, brasseuse ménagère au sens originel du terme (Hausfraubrauerei), ses bières baptisées du nom de Moon, trouvaient leurs racines dans la contraction de « Moune », surnom affectueux que donnaient ses enfants à leur mère. Allemande née à Karlsruhe, Kerstin aujourd’hui française jouait avec talent des qualités de ses origines, auteure entre autres d’une bière noire de type stout
inoubliable, parfumée d’effluves de café, de réglisse et de chocolat, enjôleurs. A Scharrachbergheim, Daniel Lauth fit un temps les beaux jours de l’auberge brasserie familiale à la table avenante et aux bières raffinées, flanquée à l’entrée d’une immense banderole souhaitant la bienvenue en Alsace à Eurobière ! Trépidante, cette nouvelle race de brasseurs tient toujours la route à l’instar de Xavier Cyrek, brasseur à l’enseigne de la Souffel à Griesheim-sur-Souffel, d’Erwin Sohn à la Trois Mâts ou de Sébastien Holtzmann à Wingersheim ! Et tant d’autres depuis, une centaine quasiment à ce jour, dont l’un des meilleurs maîtres brasseurs d’Alsace, Christian Artzner !

Jean Claude COLIN © Avril 2021 !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.